Noël à San Francisco

30 décembre 2016, vol AS 117 à destination de Fairbanks

Point de mea-culpa, ni de longues explications quant à l’absence de mise-à-jour cette dernière année. Par contre, je vais essayer de reprendre la plume, ou plutôt le clavier pour continuer la rédaction de mes mémoires. Je ne vous promets pas de vous conter les aventures de l’année passée, mais au moins de vous tenir au courant de ma vie en Alaska.
Il y a quelques semaines de cela, alors que je venais tout juste de revenir d’un petit séjour en Californie, ma sœur me téléphone le matin. D’une voie fébrile elle me demandait rapidement, sans donner aucune explication :

« Est-ce que tu as des plans pour Noël ?»

« Non », je pensais alors profiter de la quiétude hivernale des longues soirées boréales.

« Papa et maman viennent de me téléphoner, ils ont pris la décision de venir passer Noël à San Francisco et voudraient te faire voler pour que tu nous rejoignes »

Je n’aurais su rêver d’un plus beau cadeau, le temps de prendre mes dispositions, demander à mon maître de thèse son autorisation. Moins de cinq heures plus tard j’étais en possession du précieux sésame, un vol aller-retour pour San Francisco du 24 au 30 décembre.

Pour conclure une dernière semaine des plus hectiques, mon avion décolle le samedi 24 décembre peu après 1h00 du matin. Seattle, l’unique escale est à deux heures et demie de vol. Ceux seront les seules et uniques heures de sommeils pour ces deux jours. 5h30, heure locale, le pilote atterri avec un peu de retard sur l’horaire. Ma connexion pour San Fran’ décolle moins d’une heure plus tard, le temps de gober un petit expresso et déambuler dans le terminal N encore presque désert. Lisa, une connaissance de Fairbanks, est inscrite sur le même vol, et de manière fortuite, nous sommes tous deux surclassés en première classe côte à côte. A moi la vie de pacha des airs : café arrosé, jus d’orange et quésadilla en guise de petit déjeuner.

En approche de SFO [Alaska Airlines, SEA-SFO, AS222]
En approche de SFO [Alaska Airlines, SEA-SFO, AS222]
De si beau matin, le soleil brillant de mille feux fait miroiter les eaux aux larges de Point Bonita. Le brouillard, d’habitude si envahissant en cette période de l’année, est inexistant. San Francisco apparaît dans le hublot : d’Ocean View au Financial Quarter, en passant par Twin Peaks ou le Golden Gate, elle est baignée de lumière. Je n’aurais espéré de meilleurs auspices pour le reste de ce séjour. A peine atterri, la machine bien rodée d’Alaska Airlines se met en route, moins de quinze minutes plus tard je récupère mes deux lourdes valises. Valérie et maman me récupèrent en voiture et me, ou plutôt nous voici en route pour la maison où le petit déjeuner m’attend. Retrouvailles chaleureuses avec toutes la famille et premiers dépaquetages pour préserver quelques spécialités alaskiennes dans l’armoire frigorifique.

Samedi matin à San Francisco rime avec l’Alemany Farmer Market, un petit marché magnifique dans le quartier de XXX, que j’avais déjà apprécié lors de ma précédente visite. Malgré la saison, quelques maraîchers proposent encore des fruits et légumes frais. Le soleil matinal a réchauffé la crue atmosphère qui baigne San Francisco au petit matin. D’aucun s’habille en fonction de ses standards. Le thermomètre indiquant à doux sept degrés Celsius, je troque mes pantalons pour des shorts et abandonne mon pull sous l’œil effaré de famille. « A peine huit heures en arrière, j’étais encore en doudoune par moins vingt-huit degrés » essaie-je en guise de justification, sans arriver à les convaincre complètement.

Cageots [Alameda Market, San Francisco, California]
Cageots [Alameda Market, San Francisco, California]
Un vrai plaisir pour les yeux : oranges, mandarines, citrons, brocolis, choux fleurs jaunes, violets ou blanc, kiwis, kakis, champignon, noix, citronnelle, olives… remplissent les étals. Le marché fourmille de vie, qui sentant une pomme, qui dégustant les pépins d’une grenade. Je ne saurais imaginer la pleine saison lorsque tous les stands sont occupés. Un plaisir en puissance pour la bouche lorsque nous repartons avec trois sacs pleins de fabuleux et parfumés légumes pour le réveillon, ainsi qu’une douzaine d’huîtres fraîchement récoltées à Bodegas.

Notre trésor en sécurité, Valérie nous propose une petite ballade côtière près de Grey Whale Cove. Malgré les exclamations d’Ozgür « Parfois ça pue un peu », nous nous arrêtons à Pacifica pour marcher jusqu’à l’extrémité de la jetée où se rassemblent les pêcheurs de crabes. Sous les assauts du vent, la mer est formée et déferle en surf à quelques dizaines d’encablures du rivage. L’écume s’envole en embruns.  Une des cannes à pêche se courbe, l’extrémité tressaute. Les pêcheurs regardent en direction de l’heureux élu ; quelques-uns se regroupent autour de lui et l’encouragent alors qu’il enroule petit à petit le fil. Soudain, la tension se relâche et la canne se redresse. Choux blancs. L’admiration se relâche aussi vite qu’elle s’était levée et chacun retourne à ses affaires. Au bout du fils, quelques algues sont accrochées aux collets destinés à se resserrer autour des pattes du crabe.

Pêcheurs de crabes[Pacifica Wharf, Pacifica, California]
Pêcheurs de crabes[Pacifica Wharf, Pacifica, California]
Un peu plus au sud, nous débutons notre ballade ; le chemin s’élève, surplombant la Highway 1 qui suit la côte californienne du Nord au Sud. Le ressac de l’océan pacifique qui se brise avec forces sur les falaises en contrebas viennent couvrir les bruits du trafic. La vue est magnifique, s’étendant de Montara Beach jusqu’au promontoire de Devil Slide. Un vieux bunker de la deuxième guerre mondiale se découpe dans le ciel bleu, complètement libéré au gré des décennies de sa gaine de sable par la brise marine. Nous bifurquons sur une petite route abandonnée qui s’enfonce à l’intérieur des terres. Jadis carrossable, aujourd’hui son revêtement de béton à presque complètement disparu. Un cavalier solitaire à la monture aux poils recouverts de sueurs avance lentement à l’ombre des cyprès et des chênes. Un petit sentier de terre battue descendant abruptement nous ramènera jusqu’au départ.

[Montara Montain, California]
[Montara Montain, California]
Après avoir découvert les sand dollar, dont le coquillage est très esthétique, au travers du blog de ma sœur, maman rêve d’en ramener en Suisse. C’est ainsi que nous nous retrouvons à la chasse aux sand dollars le long d’Ocean Beach. La proximité des vagues se brisant sur la plage me pousse à retirer mes souliers et vagabonder pieds nus sur le sable fin. Quelle sensation de liberté que le sable encore humide glisser entre mes orteils pour être refoulés sous les assauts de la prochaine vague.  Quelques Asiatiques pêchent assidûment, qui des petites crevettes grises avec une nasse, qui des poissons avec une longue canne qui oscille dans le vent. La marée descendante s’est suffisamment retirée pour laisser apparaître les coquillages convoités. Futur apéro ou récolte réussie sont autant de raison pour quitter la plage sur sourire aux lèvres.

Pêcheurs à Ocean Beach [San Francisco, California]
Pêcheurs à Ocean Beach [San Francisco, California]
Au menu de la nuit du réveillon, le bistrot de San Francisco vous propose :

Bricelets aux pavots
Bières de Noël (Californie)

* * *

Tartine de foie gras sur Brioche des cuisines Alaskiennes
Heida (Suisse)

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Gravlax aux genièvres et Breenvic
Pain de semoule de mais aux graines de fenouils
Vino Bianco (Californie)

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Triades d’huîtres chaudes
Pain aux quatre graines (teff, amarante, tournesol, lin)
Vino Bianco (Californie)

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Daube à l’orange
Purée
Vino Rosso (Californie)

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Vacherin glacé
Les Onze biscuits de Valérie
Bricelets fourrés au chocolat
Macarons au beurre salé et Macarons à l’orange
Café & digestif

La soirée est une grande réussite tant gastronomique que retrouvaille familiale. Un magnifique sapin de Noël trône au milieu du salon ; ses branches basses abritent les paquets venus des quatre coins du monde. Au long des multiples apéros, entre les entrées, plats principales et désert, les emballages sont délicatement ouverts ou sauvagement déchirés pour révéler les trésors cachés sous des yeux enchantés. D’aucun ne saurait si Ozgür découvrant un djembé offert par Valérie ou si moi la réplique de l’iconique bus VW de 1962 par Lego offert par mes parents est le plus émerveillé. 1

 

Notes:
1. Pour information, au mois de septembre, après moult mais courtes hésitations j’ai finalement craqué et acheté un bus VW de 1976, couleur vert banane pas mûr. A restaurer, bien entendu.

N'hésitez pas à critiquer que ce soit pour l'ortographe, la grammaire, la qualité du texte ou des photographies...