Winchester House et séquoias côtiers

6 janvier 2016, 18h3 (UTC-9), 113 Roxie Rd, Fairbanks
Ciel clair, -31°C

A Fairbanks, si vous vous attardez dans mes toilettes, il y a de grande chance que vous êtes en train de lire le Bathroom Reader. Ce livre, perle d’or des salles de bain, regorge d’anecdotes, de courts récits et autres faits historiques peu connus ou saugrenus. J’y ai découvert les origines du football américain, de ses débuts sanglants jusqu’à sa régulation, l’histoire d’un descendant de constructeur de ponts qui utilisa le savoir d’ingénieur mécanique pour développer les premiers soutien-gorges, ou encore l’étrange vie de William Randolph Hearst et se son château sur la côte Californienne. Je me souviens avoir souris en lisant l’histoire de la maison Winchester à San Jose, contant plus de 150 pièces et qui ne devait jamais être achevée. Lorsque Valérie nous a proposé d’aller la visiter je ne pouvais refuser pareil occasion.

Murica oblige, la maison Winchester est aujourd’hui une attraction touristique bien rodée. Pour mettre en évidence le possible côté mystérieux de son origine, elle fût renommée Winchester Mystery House. Le business plan est des plus efficaces, pour accéder au départ des tours il faut impérativement traverser le magasin de souvenirs, une gigantesque salle remplies de babioles aussi kitchs qu’inutiles sur le thème du mystère et de l’horreur. Rapidement, notre guide expose brièvement l’histoire de cette maison. En 1881, après la mort du deuxième directeur de la célèbre Winchester Repeating Arms Company, Sarah, sa femme, hérite d’une fortune de 20.5 millions de dollars et de la moitié des parts de feu son mari, qui lui garantisse un revenu de 1000$ par jours.

En 1884, Sarah achète un corps de ferme inachevé dans la vallée de Santa Clara et entreprends de construire un manoir. Des charpentiers sont engagés pour travailler nuits et jours sur la maison, mais sans architectes. Leur absence se traduira par la cacophonie architecturale que l’on connaît aujourd’hui : porte donnant sur le vide au premier étage, escaliers menant nulle part, agencement excentrique des pièces… la liste est encore longue. Les tabloïds de l’époque vont jusqu’à titrer que Sarah Winchester se doit de construire une maison qui sera à jamais inachevée, car, selon les médiums qu’elle aurait consultés, cela serait la seule manière d’apaiser les esprits des hommes tués par des armes Winchester.

L’ancienne entrée principale est devenu le côté jardin, après que la porte ne puisse être ouvert des suites du tremblement de terre de 1906 [Winchester Mystery House, San Jose, California]

La maison Winchester contera sept étages jusqu’au tremblement de terre de 1906 qui l’endommagera grandement. Les trois étages supérieurs seront supprimés, menaçant de grave dommage les structures inférieures. De nouvelles pièces seront ajoutés, car leur construction coûtera moins cher que la rénovation des parties endommagées. A la mort de Sarah, le manoir compte 161 pièces, 47 âtres, 10’000 carreaux de verres, 17 cheminées, 2 sous-sols, 3 ascenseurs. L’histoire ne saurait complète sans ajouter que si la veuve Winchester appréciait le bois, elle trouvait la teinte du bois de séquoia trop sombre et demanda que la maison soit intégralement peinte, et les meubles repeints façon bois, d’une nuance plus claire. Au final, plus de 20’000 gallons de peintures seront utilisés.

L’un des nombreux salons [Winchester Mystery House, San Jose, California]

Je ne vais point vous décrire l’intégrité de la visite. Que ce soit les fantômes, ou l’absence d’architectes qui ont conduit Madame Winchester à construire ce dédale architecturale, le produit final est prodigieux. Voici en quelques lignes l’abrégé de cette visite de plus d’une heure et demie, avec quelques anecdotes choisies. La visite nous amène dans la pièce à 25’000 dollars contenant les vitraux commandés par la veuve Winchester, mais non utilisé durant la construction. A sa mort, la valeur des pièces artistiques est estimée à 25’000 dollars, réévaluée en 2016 à 357’704. De là nous gagnons l’étage supérieure via l’un des “easy rider”, Sarah, souffrant d’arthrite, demanda au charpentier de construire d’étroits escaliers aux marches de faible hauteur pour l’aider à monter et descendre, A savoir que chacun de ces escaliers se dédouble d’un escalier conventionnel pour les servants et les invités. De temps à autre, il est possible de voir l’une des portes du premier étage ouvrant sur le vide, ou un escalier conduisant nulle part.

 Un escalier menant nul part [Winchester Mystery House, San Jose, California]

Durant la construction, Sarah donna beaucoup d’importance au chiffre treize, qui se retrouve dans le nombre des marches de certain escalier ou de cercles dans des vitraux. De même elle chérissait les araignées au point de l’inclure dans la décoration, renforçant l’atmosphère mystérieuse des lieux. Sarah possédait seule la clef d’une pièce, où elle aurait consulté les esprits sur les prochains choix architecturaux. La-dites chambre possède une unique porte d’entrée, et trois portes de sorties à sens unique. L’une d’entre elle dérobée, donnant dans la pièce qui servait de dressing pour sa chambre à coucher.

Plus de 135 éléments de vitres peuvent être compté dans la pièce [Winchester Mystery House, San Jose, California]

Je ne pourrais vous résumer la visite sans parler de ce magnifique vitrail, le plus coûteux de la maison. Dessiné par Louis Comfort Tiffany de New York, maître reconnu du mouvement Art Nouveau, éclairé, il aurait dû projeté un arc-en-ciel dans la pièce. Sans compter les bavures de Sarah qui l’installa plein nord, et ordonna par après la construction d’un appendice architecturale à quelques pieds de l’œuvre annihiler les moindres reflets qui auraient pu illuminer le vitrail. Je ne vais point vous raconter les milles et autre merveilles à découvrir et vous invite à visiter la maison. Vous pouvez toujours apprécier les photos ci-après. Si le prix pourrait vous rebuter, sachez simplement que pour une fois je ne le trouve pas surfait. Le manoir est dans un état exceptionnel, et j’ai été impressionné par la propreté, que dis-je l’absence de poussière, même sur les plaintes les plus hautes des cabinets (j’ai essayé). Si d’ordinaire les photographies sont interdites, en période de Noël, pour une raison inconnue, elles sont autorisées.

Le vitrail qui aurait du projeté un arc-en-ciel [Winchester Mystery House, San Jose, California]

Loin des délires architecturaux de la Winchester House, Valérie nous conduit à travers les forêts de Red Woods, les séquoias côtiers (Sequoia sempervirens) par opposition aux séquoias, les séquoias alpins (Sequoiadendron giganteum) qui peuplent Sequoia National Park et sont les véritables géants de Californie. Par monts et par vaux, la route est sinueuse, étroite. De part et d’autre les troncs s’élancent au firmament où ils divergent en une multitude de branches. Bien souvent, le sous-bois est ouvert, avec quelques rares arbustes qui profitent des talus routiers.

Les collines de Red Woods [Big Basin State Park, California]

J’apprécie ces splendides forêts de séquoias pour une courte ballade, mais personne ne viendra me convaincre pour une longue randonnée. En dehors des colonnes verticales, de cette senteur bien particulière, la vue semble bien monotone : troncs après troncs après troncs. Au dire de ma sœur la proximité de l’océan ne fait qu’amplifier ce sentiment de confinement lorsque le brouillard s’installe et réduit la vue à quelques dizaines de mètres. Impossible même d’apercevoir la frondaison des géants.

Séquoias côtiers [Big Basin State Park, California]

Quittant ces forêts enchanteresses, nous descendons rapidement en direction de la côte. Les conditions météorologiques sont exceptionnelles pour le mois de décembre, pour le quatrième jour consécutif aucun brouillard ne vient troubler le paysage côtier. Que la montée en direction de San Francisco aurait pu être belle, si en tant que copilote je n’avais pas dit à ma sœur: « Peux-tu t’arrêter, je ne me sens pas trop bien ». Sitôt à l’arrêt, j’ai quitté la voiture et me suis étendu par terre, sentant mes mains devenir de plus en plus froide. Sans doute une chute de pression, la première pour moi. Mais, ayant tant entendu ma maman en décrire les symptômes que je sais ce qui m’arrive. Il n’y pas de quoi paniquer, je dois juste me reposer. Nous nous arrêtons à Highway 1 Brewery, une demi-bière et quelques frites me remettent légèrement d’aplomb, sans trop de succès. Dans la voiture, je dors comme un bienheureux jusqu’à la maison, et profite encore de deux heures de siestes supplémentaires.

Ah l’heure de l’apéro je suis complètement rétabli et trinque joyeusement un verre de blanc à la main. Au souper j’ai retrouvé mon appétit, double portion, vin rouge et même un petit digestif pour accompagner le désert. Ma sœur et moi en reprendrons même un petit deuxième pour nous aider à la construction d’un certain bus en Légo.

La construction avance petit à petit, les aménagements intérieurs sont terminés

Putain d’Adèle, je ne me sentais quand même vraiment pas bien ! Aujourd’hui je ne sais pas encore ce qui m’est arrivé. La seule hypothèse que j’ai est de ne pas m’être hydraté assez, couplé avec les montées et descentes dans les collines californiennes. Il faut dire que ce n’est pas à Fairbanks que je montes et descends de plus de 250 mètres en moins d’une demi-heure.

N'hésitez pas à critiquer que ce soit pour l'ortographe, la grammaire, la qualité du texte ou des photographies...