De retour à Fairbanks : déneigement et télémark

29 janvier 2017, 15h00, Fairbanks, UAF
Ciel dégagé, -14°C

Peu après minuit, j’arrive à ma cabine. Au milieu des bois, le vent ne souffle pas avec autant de violence que sur la plaine ouverte de l’aéroport. La neige n’est pas aussi légère, pulvérulente qu’elle devrait être pour Fairbanks. La brise a cassé les cristaux, compacté le manteau. Un monticule de neige cache la voiture. Je chôle près de 40 centimètres, tombés depuis la nuit dernière, pour accéder à la cabine. Par chance, le vent a balayé terrasse et escalier, l’accès à la porte est presque dégagé.

 

113 Roxie Road après la tempêtre de neige [Fairbanks, Alaska]
Après une bonne nuit de sommeil et un petit déjeuner copieux, je me mets à l’ouvrage dans la nuit encore complète. Il est 8h00, l’aube ne devrait pas tarder. Je retrousse mes manches et me mets à l’œuvre. Pelée après pelée, poussée après poussée, je dégage l’accès à ma cabine. Peu avant midi, j’ai accompli le plus gros du travail, seul le toit de ma serre doit être déblayé. L’affaire est toujours une sinécure. Armé d’une longue planche, je cisaille la plaque neigeuse, espérant qu’elle glisse sous son propre poids. La compacité du manteau ne facilite pas le travail. Trop souvent, il s’effondre sur lui-même, et seul l’usage répété d’une pelle, à la manière d’une rame, me permet de provoquer la glissade finale. Pour sûr, ces deux derniers hivers m’ont appris que ma prochaine construction – s’il y a – aura un toit plus pentu.

Dénneigement de la serre [Fairbanks, Alaska]
Je me rends au réveillon en ski. Ilona et Job habitent la rue d’à côté. Un petit chemin pédestre/ski/chiens de traîneau/motoneige communique entre les deux culs-de-sac en bas de la colline. Si j’ai l’habitude d’emprunter le passage sylvestre, j’ai toutefois mésestimé le manteau neigeux. Les  40 centimètres de neige compacte recouvrant un sol marécageux, où de longues herbes poussent drues en été, sans couche de fond, sont un défi à la circulation en ski de fond. À chaque pas, je m’enfonce de 50 centimètres, à travers la neige et les herbes. À chaque pas, la fracture du manteau se referme sur elle même. À chaque pas, je lève le ski jusqu’à ce que j’aperçoive la pointe. À chaque pas, je me fatigue. Il me faudra plus d’une vingtaine de minutes pour parcourir les 500 mètres qui me séparent de leur maison. Un record de lenteur. Excellente soirée, sous les rythmes endiablés de la radio nationale hollandaise qui égrène les hits du Top 2000, les 2000 chansons les plus populaires de tous les temps : Queen, Deep Purple, Eagles, Led Zeppelin, Boudewijn de Groot, Adele, Coldplay, Meatloaf, U2, Guns N’ Roses, The Beatles, Dire Straits…

 Au premier jour de l’an, je me lève en même temps que le soleil. Je poursuis la tâche débutée hier. Enfin surtout les finitions, et le dégagement de la voiture de sa gangue de neige. En début d’après-midi, je ne tiens plus en place et décide de profiter du doux -20°C pour une petite sortie en télémark. Première descente sur la face sud d’Ester Dome. Au milieu des saules et bouleaux, la neige est dense, soufflée et sans couche de fond. Les collines de Fairbanks sont trop plates. Sans vitesse, mes skis filent au plancher. Je remonte en suivant la trace de ma descente. Pas très glorieux.

Neige compacte et surface soufflée au milieu des bouleaux [Ester Dome, Fairbanks, Alaska]

Deuxième tentative sur le versant nord. Au milieu des épinettes, la neige est moins soufflée. La pente plus importante me donne assez d’élan pour engager quelques belles courbes, zigzaguant entre les sapins. Du pur bonheur. Quelques accolades avec la neige me rappellent à garder une position ramassée, avec un centre de gravité déplacé en arrière. Troisième descente, je retrouve mes marques. Dans une neige quelque peu traffolée par d’autres skieurs, j’enchaîne les virages. Quand soudain, je plonge la tête la première. À la sensation de liberté dans ma jambe droite, je pressens avoir perdu un ski. La première fois que cela m’arriverait en Alaska. Je la lève, et regarde avec consternation la fixation encore attachée à mon soulier. Et merde ! Autour des vis, j’aperçois les échardes de bois arrachées du cœur du ski. Par chance, après 15 minutes de recherches, je retrouve le ski, 10 mètres en aval. Adieu facilité des peaux de phoque, cette fois je remonte à pied. Un sacré effort, à chaque pas, je m’enfonce jusqu’à l’entrejambe. De retour à la cabine, j’ai bien mérité cet apéro : coup de rouge, plateau de fromages, pain aux noix. Une bonne flambée dans la cheminée réchauffe l’atmosphère.

 

 

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