Northern’s Women March on Washington

9 février 2017, 17h07 (GMT-9), Fairbanks, Geophysical Institute
-18°C, nuageux

Au lendemain du 8 novembre 2016, ce que les médias internationaux n’arrivaient à prévoir arriva : le verdict populaire des élections étas-uniennes concéda techniquement la majorité des Grands Électeurs à Donald Trump. Pourtant, un programme d’intelligence artificielle, MogIA, avait prédit ce résultat en analysant plus de 20 millions de données collectées par Google, Facebook et Twitter.  Il faudra attendre toutefois le 19 décembre et le résultat du vote du collège électoral pour que Donald Trump reçoive pleinement le titre de président-élu. Ces derniers mois, j’ai pu me plonger dans les détails du système démocratique états-uniens. Je pourrais dresser l’avantage et les défauts du système du collège électoral, ou d’un système biparti. Le débat pourrait traîner en longueur quand vient le système des primaires, décriés par les médias dans le cas des USA, mais loués comme une avancée démocratique en France.

20 janvier 2016, Mr Trump est officiellement investi à la présidence des Etats-Unies d’Amérique pour les quatre prochaines années. Le lendemain, une foule estimée entre 600 à 800’000 personnes défile dans le Lincoln Memorial Park, face à la Maison-Blanche, la plupart arborant un bonnet rose. Cette manifestation n’est que le fer-de-lance « Women’s March on Washington », une idée qui a germé dans la tête de Teresa Shook le 9 novembre. La simple invitation sur Facebook pour protester à Washington s’est rapidement transformée en un large mouvement national, puis international. L’idée originale s’est multipliée, et de nombreuses marches voient le jour à travers le monde.  La déclaration originelle est revue et corrigée par les coorganisateurs, si les femmes ont souvent été stigmatisées par Trump, la marche sera une déclaration pour tous les immigrants, les natifs, les noirs[\note] si l’utilisation d’un tel mot vous surprend, je reprends la tournure de la déclaration officielle issue par Women’s March[\note], la communauté LGBTQIA, les personnes de religions et de croyances diverses.

Près de 2000 personnes manifestent par -25°C [Northern’s Women March On Fairbanks]
L’atmosphère crue de la cabine nous pousserait presque à rester sous la couette pour une petite heure supplémentaire. Le soleil n’est pas encore levé. L’aube pointant à l’horizon lève le voile de la nuit. Café, pain, beurre, confiture, le déjeuner est plein d’énergie. À travers la fenêtre, l’alcool rouge du thermomètre monte jusqu’à la marque indiquant -20F. Pain d’épices et biscuits rejoindront le thermos de thé au fond du sac. Tant qu’à faire, je rajoute encore une fourrure polaire, peut-être en aura-t-on l’utilité.

[Northern’s Women March On Fairbanks]
L’air froid est cristallin, quelques bancs de brouillards s’accrochent au sommet des sapins. Des cristaux flottent dans l’atmosphère. Si l’on néglige les particules fines, rien n’est aussi vivifiant qu’un matin hivernal dans une contrée subarctique. En Alaska, plus de 16 villes et villages ont répondu à l’appel de Women’March. À Fairbanks, les manifestants parcourent une boucle sur les deux trottoirs bordant Cowless Street. Nous ne défilons pas sur Cushmann Avenue, la principale artère de Fairbanks, pour des raisons logistiques. En raison de l’influence anticipée – près de 500 personnes ont répondu à l’appel, point de salle n’aurait été capable d’abriter la moitié des participants. Seule la salle communautaire de Raven’s Landing est assez grande.

Je ne suis pas un gars à slogan, mais putain! [Northern’s Women March On Fairbanks]
Tout en défilant, je retrouve nombre d’amis, connaissances, professeurs… Qui scandent des slogans à l’instar de Klara Maisch « 20 Below, Fired it up » (-30, allumer le feu) ; qui arbore fièrement en guise d’étendard un vagin géant ; qui s’affiche avec une pancarte « Je ne suis pas un gars à défiler, mais bon, cette fois ! » L’ambiance est bonne enfant, j’ai le sentiment d’une bien plus grande participation. Si la compacité diminue au bout d’une heure, nombre de Fairbanksiens braveront les frimas jusqu’à midi, soit près d’une demi-heure de plus que la durée officielle. À la fin de la journée, temps la radio et le journal local annonce que près de 2000 personnes ont participé. Et pour une fois, les chiffres de la police et des organisateurs coïncident. Dans un élan lyrique, je dirais même que je suis fier de faire partie de cette communauté.

Le reste du weekend se poursuit doucement, entre souper entre amis – planifié de manière impromptue durant la marche, du ski de fond, un peu de lecture au coin du feu. Rien de vraiment exceptionnel pour une fin de semaine à -25C.

 

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